PortraitsHAIZE MOUESCA
Il reste encore du travail pour changer les mentalités
Guide-conférencière de profession, Haize Mouesca (1992, Kigali Rwanda) connaît parfaitement les coins, l'art et les coutumes du Pays Basque. Aux abords de l'Adour de Bayonne, elle nous a donné rendez-vous près de l'accueil pour les migrants où elle est bénévole, pour une douce et joyeuse conversation.
4 Juin 2021 | ± 08 min 23 s
En cherchant ton nom sur Internet, la première photo est prise dans un musée.
Oui, c'est une photo prise au Musée Basque de Bayonne où j'ai travaillé pendant trois ans comme guide-conférencière. J'ai fait des études de tourisme et, après avoir obtenu le diplôme de guide-conférencière, j'ai commencé à travailler au Musée Basque de Bayonne, d'abord à l'accueil, puis en tant que guide en euskara et en français, pour les enfants comme pour les adultes. J'ai suivi une formation interne pour connaître le fonds du musée, et j'organisais des animations pour les enfants de tous À¢ges; j'y ai passé de très bons moments. Cela a été l'occasion également de parler en euskara, car vu que j'ai fait mes études du côté de Périgueux et de Marmande, j'ai longtemps parlé uniquement le français, en perdant l'euskara. C'était donc important pour moi de travailler en euskara et ça m'a permis de recommencer le à parler avec mes amis.
Maintenant, j'ai quitté le Musée Basque et j'ai récemment commencé à travailler dans une auberge de jeunesse du quartier Saint-Esprit. J'ai l'occasion de travailler en différentes langues, en anglais, en espagnol, avec des étudiants, des jeunes qui viennent faire la saison et en euskara avec les bascophones qui viennent à Bayonne.
Vous aviez beaucoup de demandes en euskara au musée?
J'avais près de quatre visites en euskara par semaine, notamment à la demande de professeurs des ikastola et des sections bilingues. Pour moi, c'était important de proposer des visites de qualité en euskara, pour que les enfants voient que notre langue peut s'adapter à toute situation.
L'euskara est-elle ta langue maternelle?
Je ne sais pas si on dit langue paternelle, mais c'est mon cas. J'ai toujours parlé en euskara avec mon père et en français avec ma mère. Je suis allée à l'Ikastola d'Uztaritze, puis au collège Xalbador. Au moment d'aller au lycée, j'ai décidé avec quelques amis que je voulais sortir un peu de la bulle des ikastola, pour rencontrer de nouvelles personnes et découvrir une ambiance différente. Alors, je suis allée au lycée Cassin de Baiona et à Saint-Joseph d'Uztaritze.
Sur une autre photo, tu as une pancarte en faveur des migrants.
Oui, c'est un sujet très important pour moi. J'ai été bénévole à l'accueil de Baiona avec l'association Diakite, je préparais et distribuais les repas. Le Pays Basque a toujours été une terre de passage. Nous ne pouvons pas fermer les yeux face à cette réalité, les migrants sont là et c'est notre rôle de leur montrer qu'ils ne sont pas seuls. J'ai cette volonté d'aider, alors j'essaie d'aider comme je peux et de leur montrer qu'ils sont les bienvenus ici.
Il reste encore du travail pour changer les mentalités. J'ai entendu un jour une belle phrase en français:"€œL'ouverture d'esprit n'est pas une fracture du crÀ¢ne" et je suis d'accord...
Penses-tu qu'il y a beaucoup de racisme en Euskal Herri?
Oui, il y a des racistes partout. En Euskal Herri aussi j'ai pu le voir, surtout à l'adolescence. Aujourd'hui encore, j'entends des remarques déplacées. Je suis adoptée, née au Rwanda et je suis basque. C'est vrai que ça fait bizarre à certains de voir une femme noire parler en euskara. Mais je sais comment leur répondre et comment expliquer aux gens que je connais mieux la culture basque que beaucoup d'autres. J'ai souvent entendu que j'ai eu beaucoup de chance en arrivant ici, que je suis mieux ici qu'au Rwanda, mais ces gens-là ne connaissent rien sur le Rwanda, la situation actuelle? Je suis mieux ici? Par rapport à quoi, pourquoi? C'est difficile d'entendre ces mots. Mes racines sont en Afrique aussi, j'y ai été il y a deux ans avec un.e ami.e et j'ai envie d'y retourner.
Il reste encore du travail pour changer les mentalités. J'ai entendu un jour une belle phrase en français:"€œL'ouverture d'esprit n'est pas une fracture du crÀ¢ne" et je suis d'accord... Je ne veux pas cacher mon parcours, je suis née au Rwanda, je suis bascophone, je me sens basque-rwandaise et fière de mon parcours.
Et que fait Haize après le travail?
J'aime aller à la montagne, dans les Pyrénées, aux alentours de Bidarrai, j'aime faire du sport, sortir avec mes ami.e.s, aller au cinéma, aux concerts? J'aime tout ce qui est interdit en cette période de Covid, être avec les gens et profiter de la culture.
Ton endroit préféré pour parler en euskara?
Quand je vais au Pays Basque Sud avec mes ami.e.s, je sais que l'on va parler en euskara et c'est agréable. Ici aussi c'est possible, mais c'est vrai que l'on utilise beaucoup le français, c'est dommage.
Que dirais-tu à un étranger qui ne connaît ni l'euskara ni le Pays Basque?
Déjà, je lui dirais Ongi etorri, puis je lui proposerais de passer une journée avec moi, pour lui faire découvrir la côte, l'intérieur, je lui expliquerais ce qu'est Euskal Herria, la langue, les paysages, l'histoire. J'aime raconter des choses en visitant. Je lui montrerais volontiers les coins du Pays Basque.
Une anecdote liée à l'euskara?
Une fois, nous avions passé une nuit dans un hôtel d'Ezterenzubi. Le soir, en sortant de la chambre, j'ai croisé le propriétaire et ça l'a surpris de m'entendre parler en euskara. Après, au moment du dîner, il est venu s'excuser et expliquer sa surprise. Nous avons ri ensemble et nous avons passé un bon moment, c'était un garçon très sympathique mais je n'oublierai jamais sa réaction de surprise!
Un de tes rêves?
Un jour, j'aimerais organiser des visites guidées pour faire connaître le Pays Basque Nord en euskara, au public du Pays Basque et à ceux et celles qui apprennent l'euskara.

























