PortraitsOLIVIER BARATCHART
Olivier l'euskara au milieu de la place
Les arènes de Baiona accueillent beaucoup de visiteurs, que ce soit pour voir des concerts ou pour assister aux corridas. Olivier Baratchart, le directeur des arènes nous a ouvert les portes rouges et nous a accompagnés pour une visite privilégiée des arènes en euskara.

30 Octobre 2020 | ± 05 min 59 s
Quand et pourquoi as-tu décidé d'apprendre l'euskara?
J'ai commencé à AEK il y a six ou sept ans, quand j'ai eu la proposition d'une formation en langue basque à la Mairie de Bayonne. Au début, c'était compliqué; mais petit à petit j'ai réussi à avancer. J'ai encore quelques difficultés pour le parler, mais j'ai vraiment amélioré la compréhension. J'ai obtenu le niveau B1 et j'en suis très fier, car je comprends tout.
Mon aitatxi (grand-père), le père de mon père, parlait euskara, mais à cette époque-là il était interdit de parler euskara aux enfants et donc la langue ne m'a pas été transmise. C'est pourquoi il est important pour moi de parler euskara.
Qu'en a pensé ton entourage?
Il y a eu différentes réactions, mais en général, ils ont bien réagi.
Combien de temps a duré le processus d'apprentissage?
J'ai pris des cours pendant 4 ou 5 ans, puis maintenant je participe aux mintzapraktika (séance de conversation) avec le groupe de la Mairie de Baiona.
Qu'est-ce-que t'a apporté l'euskara?
Pour moi c'est très important d'utiliser l'euskara, ce sont mes racines. Mon père (aita) est de Baiona, et ma mère (ama) des Landes, de Dax. Mon aitatxi aimait beaucoup sa langue et pour moi il est important de retrouver mes racines. C'est important également d'apprendre l'euskara pour le futur.
Utilises-tu beaucoup l'euskara aujourd'hui?
Je dirais je l'utilise à peu près le 10% du temps. J'aimerais l'utiliser davantage, pour améliorer mon niveau. Ce n'est pas facile, mais j'avance petit à petit.
L'euskara sert pour draguer?
Oui, un peu peut-être, mais à mon À¢ge ça n'a plus d'importance (rires). Au moins, l'euskara sert pour faire des nouvelles rencontres et pour échanger avec les amis.
Et pour se fˢcher?
Oui, un peu.
Est-ce facile d'être euskaldun (bascophone) à Baiona?
Il n'est pas facile de parler en euskara dans les rues de Baiona, et à la Mairie aussi c'est compliqué. Nous avons un petit groupe de mintzapraktika (conversation) et on se réunit pendant une heure chaque semaine. Aujourd'hui, nous avons la télé, la radio, AEK? Et il y a aussi d'autres endroits où l'on peut parler euskara, ça évolue petit à petit. Mais c'est vrai que peu de gens l'utilisent dans la rue.
Et aux arènes?
C'est différent. Je crois que beaucoup de bayonnais et de gens d'Iparralde (Pays Basque Nord) sont fiers de cet endroit. Après, c'est vrai qu'il y a un problème autour de la corrida. Je ne le comprends pas très bien, parce que la corrida fait partie depuis longtemps de la culture locale, mais je pense que le problème va plus loin, que c'est politique. Aujourd'hui ce n'est pas facile pour un euskaltzale de défendre la tauromachie, car beaucoup font le lien entre la corrida et l'Espagne. Mais ce n'est pas vrai, cette tradition existait bien avant ici. Il ne faut pas oublier l'exemple du politicien Jon Idigoras qui avait été novillero, mais à l'époque la corrida n'était pas si critiquée. Maintenant, c'est devenu un problème sociétal.
D'après ton expérience, que faudrait-il faire en faveur de l'euskara?
Je trouve que Mintzalasai est une bonne idée par exemple. Je pense que dans les animations, les concerts, il faut davantage d'euskara. Une politique linguistique est également importante, et les choses sont en train de bouger à ce niveau-là.
Que dirais-tu à un proche pour qu'il apprenne le basque?
Que l'euskara est très important en Euskal Herri (Pays Basque), peut-être, ce qu'il y a de plus important, pour comprendre les gens.
Que dirais-tu à un étranger qui ne connait pas l'euskara?
Qu'il est important de démarrer une conversation avec un mot en euskara. Petit à petit on crée une nécessité et une dynamique.
Une anecdote liée à l'euskara?
J'ai beaucoup d'anecdotes, mais je vais vous raconter quelque chose qui m'arrive dans la vie de tous les jours. Depuis que j'ai appris l'euskara, les SMS que j'échange avec Jean-René Etchegaray, le Maire de Baiona, sont toujours en euskara. C'est vrai, il n'ose pas parler en euskara, mais dans nos messages on l'utilise. Ce n'est pas qu'une anecdote, c'est la réalité!
























