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PortraitsANUNTXI ARANA

Au-delà des mythes, ce sont les histoires qui sont derrière qui m'intéressent

Anuntxi Arana (Luiaondo"€“ 1947) a passé beaucoup de temps à explorer la frontière entre réalité et croyance. Diplômée de philologie et d'anthropologie basques, elle consacre beaucoup de temps à ses recherches. Pour elle, l'euskara est une source de recherches, d'écriture, de vie, un peu comme ce moment délicieux, où après une randonnée, on enlève ses bottes de montagne.

Euskaraz irakurri

2 Juillet 2021 | ± 08 min 49 s

Chercheuse, écrivaine, enseignante, professionnelle de santé, qui est Anuntxi Arana?

À‡a fait beaucoup de choses! J'ai été enseignante à AEK mais pas pendant longtemps. J'ai fait des recherches sur la mythologie basque et j'ai publié quelques livres et c'est vrai que j'ai travaillé aux côtés de mon mari en tant que secrétaire médicale à Bayonne. Mais ce que j'ai le plus aimé, c'est l'étude de la mythologie basque. J'ai commencé dans les années 80 à la création des Études Basques de la Faculté de Bayonne. J'ai interrogé les habitants de Bidarray au sujet de la Grotte du Saint qui Sue, ce qui m'a beaucoup plu. J'ai aussi analysé le mythe mi-païen et mi-chrétien de la Chapelle Saint Sauveur de Mendive et j'ai fait ma thèse sur les mythes du village d'Orozko, le village voisin de Luiaondo où je suis née.

Tu parles euskara depuis petite?

A Luiaondo la langue basque avait disparu depuis longtemps. Donc je l'ai apprise plus tard, quand nous sommes venus au Pays Basque nord, quand j'avais 30 ans, mais ça faisait longtemps que j'avais envie de l'apprendre. Pour moi, l'histoire, les paysages, l'architecture, la vie, tout est lié à la langue que nos ancêtres utilisaient, à la langue basque. Je sentais qu'on nous avait ôté notre langue et que je devais combler un vide.

Tu as étudié la mythologie basque. Où se trouve la frontière entre les mythes et la réalité?

Il n'y a aucun doute que les mythes d'aujourd'hui étaient des croyances autrefois. Certains de mes interviewés croyaient encore aux laminak, aux jentilak, à Mari d'Anboto et aux Basajaun.

Pour celui qui y croit, c'est la réalité, donc cette séparation est artificielle et je ne vous dirai pas que les mythes ne sont pas réels. Les mythes sont réels dans la pensée, aujourd'hui il y a d'autres mythes auxquels on croit. Par exemple, dans la science il y a des croyances; dans le football, il y a aussi des rituels liés à des croyances.

Dans la mythologie, on croit en quelque chose de surnaturel: et c'est le cas aussi de beaucoup de religions dans le monde. Chaque religion contient un récit, une histoire, c'est le mythe. Je pense que la mythologie peut aussi être analysée avec une vision scientifique.

Quel est ton mythe préféré?

Tous les mythes sont intéressants, je n'en ai pas de préféré.

Mais je pourrais parler de Mari, la dame du mont d'Anboto où plutôt de la déformation de ce mythe; car il y a une vraie métamythologie autour de ce mythe. La mythologie, ce sont des histoires et on ne peut pas parler de mythologie sans raconter ces histoires. Ici on entend beaucoup de théories autour de la mythologie: que Mari était incroyable, qu'elle avait beaucoup d'influence dans les esprits et dans la société? Mais on ne raconte jamais l'histoire du mythe, ce que l'on raconte est même souvent en contradiction avec l'histoire originale. Il faut faire attention à ce que l'on dit: la mythologie, c'est la science des mythes et de leurs significations donc on ne peut pas faire de recherche sans prendre en compte ce que racontent ces histoires. Je n'aime pas du tout l'utilisation actuelle du personnage Mari. Son histoire est triste: sa mère l'a maudite et elle a été condamnée à s'envoler. Depuis, elle provoque des orages, des éclairs et des averses. C'est un mythe très ancien, qui nous vient au moins du Moyen À‚ge.

Sinon, les personnages que l'on trouve partout en Euskal Herri sont les laminak; et au Pays Basque nord il y a des très belles choses sur les Basajaun, surtout dans les environs de Garazi.

Tu as aussi été très présente dans les mouvements en faveur de l'euskara. Que proposerais-tu pour que l'euskara ait plus de présence?

Pour commencer, il faudrait que l'euskara soit une langue officielle au Pays Basque nord. Et il faut aussi lui donner des avantages, pour inverser sa situation minoritaire. Ce sont des choses que peuvent faire ceux qui ont le pouvoir.

D'autre part, je pense qu'il y a une perte de conscience. L'enthousiasme que nous avions à ma jeunesse s'est affaibli, et il n'est pas facile de savoir comment faire pour changer la situation. Les jeunes ne parlent pas euskara aujourd'hui, la langue n'est pas assez attractive. Je pense qu'il faut développer la pratique de la langue dans tous les domaines de la vie, il faut la rendre attractive.

Combien utilises-tu l'euskara dans la vie de tous les jours?

A la maison j'utilise l'euskara et en dehors souvent le français. Mais c'est vrai qu'avec l'À¢ge, on choisit de plus en plus ses amisdonc je parle de plus en plus en euskara.

Que fais-tu en dehors du travail?

Maintenant je passe beaucoup de temps devant l'ordinateur: je lis la presse, je regarde des films? Mon passe-temps préféré, c'est la montagne, mais je n'ai jamais été très bonne en randonnée et ça ne s'est pas amélioré avec l'À¢ge? La montagne me donne de très bons moments, comme le moment où on arrive au sommet, ou le moment où on enlève ses bottes après la randonnée pour s'assoir confortablement dans la voiture? C'est de vrais moments de plaisir!

Quelque chose que tu détestes?

Ouf, la liste est très longue, mais en ce moment je dirais le capitalisme néolibéral et le colonialisme. Je déteste aussi le sexisme et beaucoup d'autres choses, mais en ce moment je dirais les deux premiers.

Quelque chose que tu aimes?

La grande découverte de ma vie a été l'euskara car c'est une langue très belle, surtout cet euskara parlé par les personnes À¢gées, c'est un vrai plaisir pour mes oreilles. J'aime aussi le vent du sud, ce moment avant l'orage où même les oiseaux se taisent, c'est un moment très spécial et très beau pour moi.

Comment serait le pays de l'euskara de tes rêves?

Un Pays Basque euskaldun, uni, dans lequel l'euskara serait la langue principale et la justice égale pour tous, pour les animaux aussi. Les injustices sont odieuses dans tous les domaines, dans le domaine linguistique, économique?


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