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PortraitsLIBE GONI

L'énergie dans les mains, l'euskara dans le cÅ“ur

Libe Goñi (1947 Oteitza) nous a accueillis à l'heure du café avec un grand sourire, dans son appartement du quartier Saint Esprit de Baiona. Nous aurions pu rédiger un article sur la naissance des premiers Ikastola et l'histoire passionnante de Seaska; mais la conversation s'est dirigée vers d'autres belles histoires et les énergies du Reiki.

Euskaraz irakurri

18 Février 2022 | ± 08 min 43 s

Tu es née en Navarre, tu as grandi à Gipuzkoa et tu vis à Lapurdi. Quel est ton parcours?

Je suis née dans le petit village natal de mon père à Oteitza (Navarre) et ma mère était de Zarautz. Les circonstances de la vie et la guerre nous ont amenés à nous installer à Lazkao, où ma mère a été institutrice jusqu'à sa retraite. Quant à moi, j'ai suivi les pas de ma mère et suis devenue institutrice. Avant de venir à Lapurdi, je travaillais en Gipuzkoa. C'était l'époque de Franco et notre objectif, c'était de travailler en euskara, même si le contexte était dur, nous voulions assurer l'avenir de cette langue. En plus d'enseigner, je suis allée un temps à la capitale de Navarre pour suivre une formation afin de mieux connaitre les enfants à travers leurs dessins. A cette époque-là, il était interdit d'être basque ou de porter un ikurriña; et un jour, ma mère m'a prévenue que la police était venue me chercher. A cette époque-là, il était assez fréquent que la police utilise la torture, alors j'ai décidé de fuir et j'ai traversé la frontière pour m'installer à Saint-Jean-de-Luz.

Il n'y avait pas vraiment de mouvement pour créer des Ikastola, mais des connaissances cherchaient quelqu'un pour garder leurs enfants en euskara. C'est ainsi que je suis arrivée chez Argitxu Noblia. Puis les frères et sÅ“urs plus À¢gés venaient pour parler et chanter en euskara. Pour moi, c'est là qu'a commencé Seaska.

Dans une maison de Bayonne, puis dans le local d'Enbata, à Anglet. Un jour, on nous a dit que la Marquise d'Arcangues construisait un local pour les jeunes et qu'elle était d'accord pour y loger l'Ikastola. Il faut dire que cette maison d'Arcangues a toujours été ouverte aux euskaldun. Nous nous y sommes installés à partir de 1970.

Te souviens-tu de ces temps avec nostalgie?

Une dynamique incroyable est née entre les parents.Nous avons fait beaucoup de choses en faveur de l'euskara et du Pays Basque. Par exemple, nous avons organisé Olentzero pour la première fois à Arcangues. Les parents avaient amené du chocolat, des gÀ¢teaux et pour une fois, au lieu de célebrer la fête du Père Noël aux couleurs du Coca Cola, nous avons invité le personnage Olentzero que ma mère organisait déjà à Lazkao. Nous avions, comme partout, quelques désaccords, mais en général, ça a été une belle époque.

A l'époque imaginais-tu le parcours qu'aurait Seaska?

Depuis le début, certains y ont vu clair, par exemple, Monsieur Gallastegi disait déjà que les Ikastola devaient être ouvertes durant toute l'année et certains pensaient qu'il fallait ouvrir le primaire même si pour d'autres c'était de la folie.

Pour moi, les parents de l'époque étaient des Galtzagorri (des lutins travailleurs de la mythologie basque), car tous les jours, ils tiraient leurs forces pour travailler en faveur de la langue basque. Aujourd'hui je suis contente de voir leurs descendants sur la même voie.

Je peux dire que je suis fière car mes enfants continuent aussi à militer pour l'euskara.

Vu la situation actuelle de la langue basque, que proposerais-tu de faire?

On est toujours en train de regarder les autres, mais que fait chacun d'entre nous? Je crois qu'il faut éveiller les consciences des gens. Nous parlons trop souvent de concepts comme le Pays Basque sud, Pays Basque nord? Mais pas assez du Gipuzkoa, de Bizkaia, de la territorialité, du sens de notre peuple? Moi, par exemple, je parle toujours en euskara avec tous mes amis et mes connaissances, je dis toujours egun on ou milesker en euskara, même à ceux qui ne sont pas bascophones. Ce trésor est entre nos mains. Demander aux institutions de s'engager, d'accord, mais le sort de cette langue est surtout entre nos mains. Aulieu de regarder les autres, chacun devrait se demander "qu'est-ce que je faisen faveur de l'euskara?". Quand allons-nous comprendre que nos actions en faveur de l'euskara et la pratique de la langue sont liées?

En plus de l'euskara, quelles sont tes passions?

A un moment de notre vie, il nous arrive de nous enfoncer dans un grand trou. En tout cas, moi je suis entrée dans un grand trou qui ressemblait à l'enfer. Mais grÀ¢ce à cette étape difficile de ma vie, j'ai connu le Reiki. Le Reiki est une méthode de soins énergétiques qui passent par les mains. J'ai vécu une grande expérience en voyant cette énergie, cette force, cette capacité à soigner les maux de ventre des enfants et beaucoup d'autres maux. Alors, j'ai suivi une formation de Reiki et j'ai plongé dans ce monde. Après quelques années d'expérience, je m'en suis inspirée pour publier le livre: Prendre 3 minutes pour soi. Le bénéfice que peut apporter un court moment de trois minutes est énorme, donc je continue dans ce domaine, pleine d'énergie.

Quelque chose que tu détestes?

Je n'ai pas de haine, même je n'aime pas certaines choses, par exemple entendre parler en français des enfants qui sont passés par l'ikastola, mais je ressens plutôt de la tristesse.

Quelque chose que tu aimes?

J'ai été enceinte trois fois, et à chaque fois, j'ai beaucoup aimé ce lien que j'ai créé avec mes enfants quand ils étaient dans mon ventre, les mots doux? J'ai passé de très bons moments enceinte.

Je me réjouis aussi de voir Olentzero ou le Carnaval dans nos rues, et j'aime beaucoup la vie. Je pense que je devrais m'aimer davantage pour être heureuse. C'est vrai que cette éducation catholique ou apostolique que nous avons reçue nous a fait croire que nous devions souffrir dans cette vie. Maintenant, je dis que ce monde est fait pour être heureux. Si je n'aime pas faire quelque chose, je ne le fais pas et je n'ai pas besoin de me justifier.

Pour finir, un rêve?

J'aimerais entendre l'euskara dans tous les commerces de Bayonne, que la danse soit associée à la langue et que les trois langues (l'euskara, le français et l'espagnol) soient enseignées dans toutes les écoles.


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